En visite à Paris pour participer à une réunion d’experts UN-Habitat III, nous avons eu la chance d’échanger avec l’une des maires les plus actives d’Afrique, Madame Fatimetou Mint Abdel Malick.

Habillée d’une belle tunique colorée, Madame Fatimetou Mint Abdel Malick nous accueille chaleureusement dans l’hôtel où elle séjourne. En une minute, elle nous met à l’aise et nous parle avec franchise de son pays qu’elle aime tant, la Mauritanie.

 

Votre carrière en 3 dates ?

C’est facile j’ai été élue trois fois maire de mon district (Tevragh-Zeina la commune la plus riche de 9 communes de Nouakchott, capitale de la Mauritanie).

Élue en 2001 (première femme maire de Mauritanie), je suis donc maire depuis plus de 15 ans ! Et ce n’est pas facile quand on n’a pas de moyens, et qu’on est une femme seule.

 

Quel est le contexte en Mauritanie ?

On compte 218 municipalités en Mauritanie.

Aujourd’hui grâce à nos actions on a pu améliorer la représentativité dans les municipalités avec 35,7 % de femmes dans les conseils municipaux.

Le problème concerne surtout les têtes de listes, où on ne retrouve que très peu de femmes maire, soit 5 pour toute la Mauritanie.

Cela est dommageable pour tout le monde car j’assimile la collectivité locale à la gestion d’une famille. Et les femmes sont particulièrement douées pour gérer la famille !

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Quelles actions avez-vous mis en place pour favoriser l’égalité femmes/hommes dans votre commune ?

 

1) Des caravanes pour encourager les femmes à faire de la politique !

Pour changer la donne et augmenter le pourcentage d’élues femmes en Afrique, mon équipe (Madame Mint Abdel Malick est VP du Réseau des Femmes Elues d’Afrique –REFELA) et moi-même avons organisé un projet itinérant.

L’idée est d’amener une prise de conscience par les femmes de l’intérêt d’intégrer la politique locale.

Si les femmes ne se positionnent pas sur les listes électorales, le problème de non représentativité restera.

Comment ca marche ?

Le REFELA organise des visites des différents pays d’Afriques avant les élections municipales locales. Ici en Mauritanie il y a une antenne dans chacune des régions du pays, relayée par 3 personnes en charge de la logistique, de l’animation et de la communication. Dans chaque ville, on organise une rencontre de courtoisie avec le gouverneur de la ville, mais surtout avec les habitantes et les radios locales car la conscientisation passe aussi par les médias !

On se présente en tant que « modèles », on partage notre expérience et notre réseau.

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On raconte souvent cet exemple d’un maire qui venant juste de se faire élire, disparaît ensuite avec son écharpe d ‘élu pour aller trouver du travail en ville. Les femmes de la mairie se sont retrouvées seules pour gérer toute la collectivité et faire fasse aux problématiques de gouvernance. Notre rôle est donc d’encourager ces femmes à ne pas se laisser faire, à valoriser leur travail et candidater à la place du maire aux élections suivantes.

Et ca marche ! Nous sommes passés d’une femme maire à 5. Même si les élections ne sont pas toujours faciles… Durant leur campagnes, les candidates se très souvent confrontées à des critiques d’hommes se plaignant qu’une femme ne peut pas gouverner une ville.

Alors elles répondent , « vous connaissez tous la maire Tevragh-Zeina , alors vous voyez bien qu’une femme maire peut très bien gérer une ville ! »

Même si les hommes sont un frein au changement, c’est plutôt la dimension structurelle de la société qui encourage l’inégalité envers les femmes en générale. Nous essayons alors de les éclairer sur cette question, et de leur faire comprendre que le développement ne peut se faire que si il y a une égalité des genres. Car on ne peut pas par parler de développement si on laisse la moitié de la population sur la touche. Donc on leur dit « vous voulez le développement ou pas !? ». Car si vous le voulez il faut associer tout le monde, y compris les femmes !

 

2) La gestion des déchets locaux gérés par une habitante relais

 

J’ai décidé que tous les comités de quartiers de ma commune seront gouvernés par des femmes, qui ont souvent une vision plus complète et arbitraire de la gestion locale urbaine. Je vais prendre ici l’exemple de la gestion de la collecte des ordures ménagères.

Quand en tant que Maire j’ai reçu la responsabilité des ordures, j’ai procédé avec une approche participative et j’ai divisé ma commune en plusieurs zones et chaque zone avait un comité de quartier, et chacun de ces comités de quartier était présidé par une femme.

Le comité de quartier, avait pour mission d’attirer l’attention des services municipaux sur la gestion locale des déchets mais aussi faire le lien avec les habitants, pour qu’ils sortent les poubelles seulement lors des collectes des ordures. La présidente du comité de quartier est donc l’interface entre la municipalité et les habitants. Elle fait aussi remonter les remarques sur les comportements et le professionnalisme des agents de la municipalité. Cela permet une gestion locale urbaine, efficace, participative et mixte !

 

3) Favoriser une appropriation de l’espace public mixte

Depuis que je suis Maire j’ai aménagé plusieurs des espaces verts au cœur de ma commune (avec des matériaux recyclables). Pour ceux qui ne savent Nouakchott est une ville sans poumon vert ! Alors nous avons décidé de créer les premiers parcs avec des jeux pour enfants, et des accès WIFI pour toutes et tous… Cela crée un climat, où jeunes, personnes âgées, filles et garçons utilisent l’espace publique ensemble. Ces lieux ont également une présence humaine avec des gardiens pour rassurer les utilisateurs de l’espace.

 

Quel est pour vous le rôle que doivent avoir les villes pour arriver à une réelle égalité femmes/hommes ?

 

D’abord je tiens à préciser ma définition de l’égalité femmes/hommes : pour moi c’est donner la même opportunité à tout le monde, permettre à toutes à tous de vivre dans un environnement équitable. Je tiens à préciser que les femmes sont en grande partie coupable des inégalités liées au genre. Car elles cultivent cette inégalité au niveau du foyer. L’inégalité des genres commence surtout auprès des enfants dès le plus jeune âge ! Ce sont souvent les mères qui disent à leur fils « tu es un garçon tu ne dois pas pleurer », « toi tu es un fille tu ne dois pas sortir ». Il faut donc que les femmes éduquent leurs enfants de façon équitable et non genrée !

Attention là aussi, il ne faut pas croire que l’inégalités des genres ne profitent que aux garçons. En Mauritanie par exemple, on privilégie souvent les filles (nourritures/habits) car c’est elles qui représentent l’image de la famille.

En Mauritanie d’ailleurs les femmes sont très respectées. Par exemple les femmes de mon pays peuvent garder leur nom si elles se marient. Les femmes divorcées sont des « vedettes » (elles sont valorisées par la société), ce qui fait qu’il y a très peu de femmes battues en Mauritanie, car elles peuvent claquer la porte quand elles veulent !

Mais ce n’est bien sur par le cas des toutes les sociétés arabes, comme on peut le voir au Maroc où c’est très mal vu d’être une femme divorcée et où le tôt de femmes battues est beaucoup plus élevé.

Mais attention, cela ne veut pas dire qu’une femme divorcée en Mauritanie n’a pas de problèmes. Il y a toujours la problématique de l’autonomisation financière, qui malheureusement pousse beaucoup de femmes seules à travailler de longues heures et ne pas pouvoir éduquer leurs enfants qui ont alors de grands risques de tomber dans la délinquance.

C’est donc maintenant que je fais la transition entre le rôle des villes et l’égalité femmes hommes. La ville peut servir de support pour appréhender ce genre de problèmes spécifique aux femmes. Je pense que les solutions ne peuvent pas se trouver ailleurs que dans la ville, qui est l’endroit où toutes les stratégies et approches se mettent en place.  Les villes, au moment où je vous parle accueillent déjà plus de 60% de la population mondiale.

Il faut que la ville pense à certaines actions et activités innovantes pour éviter de reproduire des inégalités.Il faut qu’il y ai des espaces dédiés pour accueillir les femmes et les filles en détresse. Pour qu’elles puissent s’exprimer en toute confiance. Et surtout qu’elles puissent être certaine de trouver une réponse à leur problématique. Car si une femme vient poser une question mais ne reçoit pas de réponse, elle ne reviendra pas…Il faut aussi penser au contexte Africain où beaucoup de femmes sont pauvres et analphabètes, il faut donc pouvoir leur donner des moyens, pour qu’elles puissent monter des projets, les accompagner au processus d’autonomisation. En effet, si une femme arrive à monter un projet/business, il y aura là aussi une opportunité d’emplois pour d’autres femmes.

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Il faut donc faire de la ville un espace où la vie de foyer et de travail peuvent se chevaucher et se vivre pleinement.

On oublie souvent, mais c’est important de souligner, que quelque part c’est les femmes qui préparent la relève pour la génération suivante. Et cela doit être valorisé et accompagné.

Il faut que la ville puisse créer un cadre adéquat pour que les femmes puissent concilier entre son développement professionel et l’éducation de ses enfants (ex, crèches adaptées, mobilités). Surtout au niveau de la sécurité et du transport. Il est par exemple impératif pour les jeunes filles qui vont à l’université de pouvoir prendre leur bus en toute sécurité, et d’aller à l’école tranquillement sans se faire agresser. Et cela, ce n’est que la ville que peut le faire (et non le gouvernement) contenu de sa proximité.

Il faut aussi créer des radios locales dédiées aux femmes. Pour qu’elle puissent échanger, partager et éduquer en terme d’hygiène, politiques… et aussi partager des modèles de femmes inspirantes pour donner envies aux femmes de participer dans la vie politique de la ville.

Soutenir les femmes politiques comme Mme HIDALGO

En tant que représentante des maires africaines (du Réseau des Femmes Elues Locales d’Afrique) nous avons fortement soutenu et appuyer la candidature de Madame Hidalgo pour être la représentante de la Commission permanente sur l’égalité des genres de CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis) . Nous sommes très heureuse que Mme HIDALGO soit aujourd’hui notre représentante.

Madame Mint Abdel Malik souligne d’ailleurs le travail de Madame Hidalgo comme Maire de Paris. «J’aime les femmes politiques qui se distinguent , comme elle le fait avec originalité et efficacité dans mise en œuvre du budget participatif et la végétalisation de sa ville ».

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*Merci à Nicolas Da Schio pour cette belle mise en lien !